jeudi 10 novembre 2011

"A ce stade il n'y a pas de pagaille"

une exposition de Samuel Labadie



« Snow is a letter from heaven. » Ukichiro Nakaya
Le 12 mars 1936, le scientifique Ukichiro Nakaya parvint à créer en laboratoire le premier cristal de neige artificiel. Au XVII siècle Johann Kepler en étudiait déjà la structure hexagonale dans son essai « L’étrenne ou la neige sexangulaire ». Quant au photographe amateur Wilson Bentley, il regroupa, au début du XX siècle, dans l’album « The magic beauty of snow and dew », une étonnante série de photographies de flocons de neige réalisées au microscope. C’est également au cours de cette première moitié de siècle que Sigmund Freud définit le concept de déni comme la non-perception d’une partie de la réalité. Enfin, le 08 décembre 2010, une tempête de neige paralysa totalement une grande partie de la région parisienne. Brice Hortefeux, alors Ministre de l’Intérieur, commenta la situation avec ces mots : « A ce stade, il n’y a pas de pagaille. » 
C’est autour de cette anecdote que se construit le projet présenté à la Galerie du Second Jeudi. Il est d’abord une réflexion sur l’incapacité fréquente de l’homme historique (ici l’homme politique) à adapter sa pensée avec la réalité du monde « tel qu’il est ».
L’aspect « délirant » du propos de Brice Hortefeux est parfaitement symptomatique de cette tension. Ce que la parole publique de Brice Hortefeux nie, c’est la capacité de la neige (la Nature) à perturber le quotidien de l’homme. La réponse « A ce stade, il n’y a pas de pagaille. », n’est pas de l’incompétence. C’est le signe linguistique symbolisant le déni.
L’homme politique est l’archétype absolu de ce déni. Il ne supporte aucune contestation et n’a donc d’autre choix ici que de nier la réalité en utilisant l’élasticité symbolique du langage. La Nature finirait ainsi par s’adapter au discours politique. 
Soutenue jusqu’à l’extrême, cette position devient absurde, « pathologique ». Dans ce cas précis, la position d’autorité du Ministre de l’Intérieur ne lui permet d’accepter le chaos provoqué par un phénomène naturel sur lequel il n’a pourtant aucun pouvoir.
Si ce projet est une critique à demi voilée du personnage politique, de ses méthodes et de son corpus idéologique, il est avant tout pour moi un moyen de saisir un moment politique pour échapper à sa logique absurde car je préfèrerais toujours la fascination de Kepler, Nakaya et Bentley pour le mystère et la beauté des cristaux de neige.  
Brice Hortefeux puise ici, sous la forme d’une cure imaginaire, les images inconscientes capables de reconstruire son traumatisme pour en guérir les symptômes de déni et accepter sa part de vulnérabilité. Les pièces de cette exposition ne sont rien d’autre que les rêves d’un chionophobe* en quête de guérison.
*La chionophobie est la phobie de la neige.















Quand le sommeil apaise
Impression digitale, 30x20cm
Capture d’écran d’un passage de Brice Hortefeux au 20h de TF1
C’était un chaos d’obscurité noire (un rêve)
Série de 14 dessins, 46x32cm c/u
Encre et peinture sur papier
Snow is a letter from heaven (courrier anonyme)
Photocopies noir et blanc, socle
Ne neige pas
Vidéo noir et blanc, 2’30’’